Je ne suis là que pour rendre service et je n’ai rien à revendiquer, je suis tranquille.
Il y a dans ces demandes de construire à Miami et en Haïti
un optimisme, une attitude positive absolument extraordinaire.
C’est improbable et inattendu, l’énergie ainsi
développée est capable de transcender les quelques
minuscules craintes que nous pourrions avoir.
Ce projet est un formidable pied de nez à tous les cyniques
dominants. C’est l’antithèse du renoncement et de
l’aquoibonisme. Des gens veulent faire, leur ambition est
légitime et sans limite, comment pourrions nous agir autrement
qu’en les accompagnant ? Comment leur offrir autre
chose ? Les projets devront être à la hauteur de
cette exigence et de leurs audaces pour transformer ces rêves en
réalité.
La réussite de l’un et l’autre résidera dans
la simplicité de la réponse proposée. Il doit
s’agir dans les deux cas de réponses apparaissant comme
évidentes, simple. C’est une alchimie très
difficile à atteindre qui repose sur l’attention, la
pensée, l’imagination et la patience.
Notre travail commence là où s’affiche un refus,
là où le silence ne peut être muet. Il s’agit
de savoir reconvertir l’adversité en avantage :
l’échec perd sa valeur négative à partir du
moment où il devient une activité, une motivation.
Excentricité
Bidonchamps,
En Haiti, le risque est bien trop grand de décider d’une
ville devant un écran. On ne peut qu’en pressentir les
germes dans la plus grande humilité.
Nous avons alors répertorié chacun des foyers
d’habitations existant. Ces constructions sont venues
s’installer aux endroits les plus propices. Nous continuons
l’histoire en faisant confiance au bon sens.
Puis nous agissons de manière excentrique ; partir du plus
petit, du strict nécessaire puis élargir :
D’abord, la base de vie, la base dure, celle qui doit rester
contre vents et marées. En brique fabriquée sur le site.
Au centre, la cuisine et la salle de bain en maçonnerie et le
plateau distribuant les différentes pièces dont les
affectations sont celles prévues. Puis les terrasses.
Ensuite chacune de ces constructions sera placée l’une par
rapport à l’autre pour s’adapter au climat. Par
exemple, il n’y aura pas de grande trouée longiligne, et
ce pour protéger les maisons des vents violents ou des pluies
battantes. Elles sont toujours en quinconce pour créer des
ombres sur les terrasses ou sur les places disséminées.
C’est ça la construction vernaculaire, c’est la construction dans le bon sens.
Notre souhait, en imaginant cette variété de lieux est
qu’ils soient toujours vrais, qu’ils deviennent une
réponse à un besoin, pas d’artifice ! Il
n’y a pas d’histoire sans vérité.
« La pénurie est la mer de l’innovation sociale et technique »
Pour reprendre les termes de Yona Friedman, il s’agit d’une agglomération nouvelle édifiée au fur et à mesure des nouveaux arrivages, à part ceux qui viennent en ville dans l’espoir d’y trouver un moyen de survie. Ils construisent leur habitation avec les moyens dont ils disposent, le plus souvent sans savoir-faire mais en fonction de leur ingéniosité et de leur goût personnel. Souvent ces quartiers font preuve d’une ingéniosité technique exceptionnelle.
Up side down
Il reste que ces quartiers sont le symbole de la misère
qui prolifère. Sans tomber dans une forme d’idéalisation, nous avons
cherché à traduire la formidable énergie de ces villes pour la
transformer en vecteur de modernité.
La rue en est un exemple puissant. La vie transpire à
chaque mètre de bien plus d’activités que celles auxquelles nous sommes
capables de penser et que ce qu’elle est capable d’assumer.
Elle appartient à tout le monde et tout y est possible !
Elle foisonne de secrets, de raccourcis, de chemins de traverse.
C’est cette fourmilière horizontale, ce fatras
vernaculaire que nous souhaitons transposer en totem vertical, symbole
d’un renouveau haïtien et d’une immense partie de l’humanité.
Pour la découvrir nous avons imaginé plusieurs parcours correspondant aux différents rythmes des visiteurs.
La tour flotte au-dessus d’une forêt tropicale qu’il
faudra voir renaître sur l’île. Le premier parcours est une ballade
dans cette forêt. Il permettra de découvrir les essences végétales qui
la composent et distribuera les neufs enclos thématiques reflétant
l’histoire haïtienne ; croix des Bossales, Tortugas pirates camp,
Maroon camp, Sans Souci palace, Perattes camp, santo Domingo
cathédrale, Ovando church, St Louis sud Vauban, la citadelle.
Pour accéder à la tour, on emprunte une série
d’escaliers, d’escalators, d’ascenseurs à l’air libre. Sorte de rues
verticales. Ces circulations s’animent des vitesses aléatoires des flux
des personnes qui les composent. Parfois, certaines d’entre-elles ne
font que relier une partie des éléments de programme. Ils agissent
ainsi comme des coupes circuit ou des raccourcis. Au fur et à mesure
que l’on arpente ce paysage vertical, nous disposerons des cadrages sur
l’environnement qui deviendront les bélvèdéres les plus spectaculaires
à des kilomètres à la ronde. Alors on verra la mer, pourquoi veut-on
toujours voir la mer ?
Il serait presque grotesque d’avoir la vanité de poser
sur un tel projet sa marque personnelle et unilatérale. Nous
envisageons alors de réfléchir avec des artistes haïtiens bien sur,
mais pas seulement. Ne serait-ce que parce qu’ Haïti est pluriethnique.
Nous allons avec eux emballer l’objet ainsi constitué. Nous proposons
d’adapter un thème récurrent dans bien des pays pauvres ; la
customisation des transports en commun.
Pousse Pousse ; ToukTouk () et en Haïti, TapTap. Chacun
d’entre eux et une unique merveille et une fierté absolue pour celui
qui le conduit.
La tour reprendra cette esthétique onirique et alors,
elle deviendra un monument, c’est-à-dire un objet servant de repère et
de point de ralliement.
Libre à chacun d’imaginer la suite, libre à chacun…
L’imagination introduit l’étrange dans le quotidien,
le rêve dans la réalité, l’inattendu dans
l’évidence, la vie.


